Barbarismes : ces mots pas très barbares

Barbarisme capsule pédagogique de grammaireLes barba-quoi? Barbarismes. Ce mot, qui évoque peut-être pour vous le mot barbare vient effectivement de barabre, qui anciennement voulait dire : « étranger », et qui par la suite a servi à désigner quelqu’un qui n’est pas civilisé, mais ce n’est pas vraiment en lien avec la langue. Dans le sens qui nous concerne, barbare veut dire : « Contraire au bon usage de la langue » (Usito). Ainsi, le barbarisme est un type d’erreur de langue. On pourrait donc dire qu’il s’agit d’un étranger dans la langue, car il n’est pas le bienvenu dans les ouvrages de grammaire, ni dans les dictionnaires. En effet, un bon indice pour savoir si un mot est un barbarisme pourrait être qu’il ne se trouve pas dans le dictionnaire, mais comme ce ne sont vraiment pas tous les mots qui se trouvent dans le dictionnaire, je vais vous en expliquer un peu plus. Le barabrisme peut se retrouver à l’écrit ou à l’oral. Pardon, le barbarisme! Voilà un bon exemple de barbarisme! Il y en a toutefois qu’on entend assez souvent. On fait un barbarisme lorsqu’on déforme un mot, souvent en inversant des lettres.


Il y a deux types de barbarismes, les barbarismes lexicaux et les barbarismes grammaticaux. Les barbarismes lexicaux affectent la forme d’un mot : il y en a plusieurs très courants comme infractus au lieu de infarctus et aréoport, au lieu de aéroport. Ces deux exemples sont faits par simplification de la prononciation : on inverse deux lettres, ou plutôt deux sons (appelés aussi phonèmes), ce qui s’appelle une métathèse. En effet, pour les francophones cela peut être difficile de prononcer trois consonnes ensemble comme r + c + t, on simplifie donc en déplaçant la voyelle au milieu de ces consonnes, ce qui donne infrActus au lieu de infArctus. C’est une situation similaire pour aéroport : on choisit de décoller les voyelles en insérant une consonne entre les deux. Certains barbarismes se font par association à un autre mot, comme tête d’oreiller au lieu de taie d’oreiller, car on y dépose sa tête; renumérer, au lieu de remunérer, par analogie avec numéro, ou carapaçonner au lieu de caparaçonner, qui, en passant, désigne le fait de mettre une armure nommée caparaçon, sur un cheval, sur l’image de carapace, qui est un mot qu’on prononce plus souvent.

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas vous raconter une anecdote étymologique? Le mot caparaçon est un emprunt à l’ancien espagnol capparaçon, déjà ça me fait sourire, car, en espagnol actuel, caparazón veut dire… carapace! Et ce n’est pas fini, capparaçon de l’espagnol ancien, pourrait venir de « capa » du latin « cappa », qui veut dire cape, ou par une dérivation avec métathèse (ou inversion) du préroman « karapp » qui est aussi à l’origine de… carapace! Tu parles d’une inception de métathèses!

Le deuxième type de barbarisme est celui qu’on appelle grammatical. Ce type de barbarisme se trouve dans la mauvaise conjugaison des verbes, souvent aussi par analogie avec des formes de conjugaison plus simples. Les barbarismes sont, entre autres, courants chez les enfants qui apprennent la langue; ils essayent de conjuguer les verbes dont ils ne connaissent pas la conjugaison en faisant des analogies avec des verbes qu’ils connaissent.

Ainsi, vous pouvez penser au fameux sontaient pour dire étaient.

Mais attention! Cette forme de barbarisme n’est pas réservée aux enfants, il s’agit d’une erreur très courante, surtout à l’oral, pensez à ils jousent, j’abrévie, l’eau bouille, etc. Bref, les barbarismes sont tellement courants, surtout dans la langue parlée, que si vous dites que les Canadiens jousent ce soir, vous ne risquez pas de passer pour un enfant… et surtout pas pour un barbare!

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