Tu dînes ou tsu dzînes? Moi j’affrique!

Affrication - Capsule pédagogique de grammaire

Affrication – capsule pédagogique de grammaire présentée par Fred Dubé

Avez-vous déjà remarqué que lorsqu’un Québécois ou une Québécoise parle, on peut entendre le son [s] après le t dans tu? Ou même le son [z] après le d dans dire? Ce phénomène typique du français québécois se nomme l’affrication. L’affrication consiste à ajouter naturellement un son après les consonnes t et d de sorte qu’elles sonnent comme [ts] et [dz]. Mais, attention, cela ne se produit qu’à l’oral et que devant les voyelles i et u. Ainsi, on retrouve le son [ts] dans petit et étude, mais pas dans patate et poteau, et le son [dz] dans mardi et duvet, mais pas dans demain et dos d’âne.


Ensuite, l’affrication se produit automatiquement lorsque le pronom il(s), singulier ou pluriel, est déplacé après un verbe finissant par t dans une phrase. En effet, même si la consonne et la voyelle sont dans deux mots différents cette fois-ci, on entend quand même l’affrication dans Peut-il venir? ou Savent-ils quoi faire? par exemple. Toutefois, l’affrication est facultative dans les autres cas où les consonnes t ou d et les voyelles i ou u ne font pas partie du même mot. Par exemple, les mots cette et idée, une fois mis ensemble, peuvent sonner comme « cet ̮idé » ou « cets ̮idé ». En fait, cela varie selon que la personne qui parle fait la liaison entre les deux mots ou non.

De plus, le choix de la consonne qui se rattache au t ou au d n’est pas lié au hasard. En effet, en raison de l’euphonie, ce sera toujours la consonne s à la suite du t et la consonne z à la suite du d. L’euphonie c’est ce qui fait en sorte que les lettres se combinent de façon harmonieuse dans un mot afin de le rendre plus agréable à entendre ou plus facile à prononcer. Ainsi, il est plus harmonieux de faire suivre deux consonnes du même type comme t et s qui sont des consonnes sourdes ainsi que d et z qui sont des consonnes sonores. Une simple expérience nous permet d’observer physiquement la différence entre une consonne sourde et une consonne sonore! Il suffit de mettre sa main sur son cou, d’appuyer sur ses cordes vocales et de prononcer le son [ts]. Avec ce son, la main ne sent aucune vibration des cordes vocales, ce qui indique un son sourd. Puis, en remettant sa main sur son cou et en prononçant maintenant le son [dz], la main perçoit une légère vibration, ce qui est le signe d’un son sonore. Donc, les lettres t et s s’harmonisent ensemble puisqu’elles ne produisent pas de vibrations tout comme les lettres d et z vont de pair parce qu’elles en produisent.

Enfin, le fait d’affriquer distingue la prononciation de la population québécoise des autres prononciations de la francophonie.

Malgré tout, ce trait phonétique ne permet pas de discriminer les Québécois et les Québécoises entre eux. En effet, cette façon de prononcer est la même pour tous et toutes, peu importe la classe sociale, la région, l’âge ou le sexe. Cependant, cela n’est pas le cas dans l’est du Québec, en région acadienne, où il n’y a pas d’affrication comme aux Iles-dela-Madeleine par exemple. Donc, maintenant que vous êtes conscients d’affriquer, si c’est votre cas, continuez de le faire sans gêne, car cela fait partie des richesses de la langue qui vous distinguent culturellement!

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